Christian Sauter

J’ai vraiment découvert Claude Alphandéry un jour du printemps 2000. Je venais de démissionner de ma fonction de Ministre de l’Économie et des Finances ainsi que du service de l’État. J’étais disponible pour servir le bien commun d’une autre façon. C’est alors que mon ami Daniel Lebègue, directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, et Claude, qui avait lancé l’association France Active dix ans auparavant, m’ont proposé de prendre le relais de la présidence de ce réseau si prometteur.

Avouant une totale ignorance, j’ai demandé à voir sur le terrain ce qu’il en était. J’ai rencontré à Arras une coiffeuse au chômage et aux cheveux arc-en-ciel que France Active avait accompagnée et financée pour lancer une entreprise d’ambulances ; ainsi qu’un militant catholique, retour d’Afrique, qui avait repris une entreprise d’insertion dans le secteur de la métallurgie (ébarbage de pièces de fonderie !). À Montpellier, ce fut la découverte d’un Turc, ancien chauffeur routier, qui s’était lancé dans le maraîchage ; France Active l’avait aidé à monter son projet et financé la construction de serres. Enthousiasmé par ces réussites concrètes, j’ai accepté la présidence et contribué à développer le réseau pendant dix-huit ans, avec l’appui de deux directeurs généraux remarquables, Jacques Pierre et Denis Dementhon, et de belles équipes à Paris et dans les départements.

Christian Sauter

Claude m'a proposé de prendre sa succession à la présidence de France Active en 2000.


Les ressorts de Claude

À Arras comme à Montpellier, j’avais identifié les trois ressorts de Claude qui ont fondé la réussite de France Active puis du Labo ESS.

Premier ressort : c'est le refus de la fatalité. Fatalité de l’Occupation pour le jeune chef de maquis. Fatalité du chômage pour le banquier reconverti dans l’insertion.

Deuxième ressort : l’instinct de coopération. Plutôt que de se réfugier dans des oppositions commodes, par exemple entre capitalisme et solidarité, il a persuadé les banques et le gouvernement qu’il existait une troisième voie : la garantie de prêts aux chômeurs entreprenants. Moins de risques pour les banquiers et promesse de nouveaux clients ; moins de dépense publique que s’il fallait verser une assistance perpétuelle : un euro public pour la garantie génère vingt euros d’euros privés.
Dans le même esprit, avec le concours talentueux et obstiné d’Edmond Maire, Claude a convaincu syndicats et patronat qu’une fraction de l’épargne-retraite des salariés des entreprises grandes et moyennes pourrait être investie dans des projets de l’économie sociale et solidaire.
Claude a su organiser des coalitions aussi vertueuses qu’inattendues au profit des plus fragiles et aussi, fréquemment, d’acteurs surprenants de l’innovation sociale et écologique.

Troisième ressort : la passion de la décentralisation. Héritier des maquis (qui ont fortement contribué au programme du Conseil National de la Résistance), compagnon de Michel Rocard, promoteur de l’autogestion puis de l’autonomie territoriale, Claude a d’emblée voulu que les décisions d’accompagnement et de financement du réseau France Active se prennent autant que possible sur le terrain, au contact direct des entreprenants et des collectivités locales, plutôt que dans les bureaux parisiens. Les « associations territoriales », juridiquement indépendantes, partagent un projet stratégique, une marque « France Active », des outils communs de garantie et de financement, mais elles financent des projets importants sans demander le visa de Montreuil, tête actuelle du réseau. Aujourd’hui, les 850 salariés et les 3000 bénévoles ont mobilisé 491 millions d’euros en 2024 en faveur de 37500 entreprises.
France Active n’est pas une pyramide rigide mais un réseau souple et réactif, humaniste et efficace, toujours prêt à affronter les turbulences d’un avenir de plus en plus menaçant.

Merci Claude

Ressources en lien

Aucun résultat

En lien avec la thématique