Jacques Dughera
Quelques souvenirs de mes années passées avec Claude (1993-2008)
J’ai rencontré Claude Alphandery en 1992 alors que j’étais chargé de mission à la délégation interministérielle à l’insertion des jeunes. Claude était venu nous présenter les conclusions de son rapport relatif à « l’insertion par économique » . Dans le couloir de la délégation, je me souviens avoir demandé à Claude Alphandery pourquoi n’avait-il pas inclus dans son rapport les régies de quartier. Tout simplement parce que personne ne lui en avait parlé jusqu’à présent, m’avait-il répondu.
J’ai donc organisé, à sa demande, une rencontre avec le comité national de régies de quartier qui ont ainsi été réintégrées dans la liste des réseaux de l’insertion par l’activité économique (IAE). Cette attention aux observations des uns et des autres et cette réactivité sont l’une des marques de fabrique de Claude Alphandery.
J’en ai été le témoin tout au long de l’histoire du Conseil national de l’insertion par l’activité économique. Le rapport de Claude Alphandery suggérait, entre autres, la création d’un tel Conseil pour donner plus de visibilité à ces initiatives citoyennes, terreau de l’économie solidaire. Claude m’a proposé d’en être le secrétaire général. J’ai tout de suite accepté car il y avait tout à construire, à un moment politique plutôt favorable, avec l’appui de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et de son programme d’intérêt général, Programme développement solidarité (PDS).
Je rejoignais, ce faisant la CDC, avec la mission de construire la dimension Emploi au sein de cette vénérable institution, aux côtés des autres : Ville et Logement.
Inutile de dire que le pari était ambitieux et qu’il n’a été tenu que parce que nous avions l’appui politique et financier de la direction générale de la CDC. Mais aussi parce que Claude savait toujours tisser des relations professionnelles empreintes de cordialité, de loyauté et d’honnêteté.
J’ai beaucoup appris à son contact : l’art de la formule, le sens de la mesure, même si, parfois, j’aurais aimé qu’il affirme davantage le Conseil face au cabinet de la ministre du travail. J’étais alors un jeune administrateur civil impatient ….
Claude a toujours essayé avec pédagogie et ténacité de faire ressortir une position consensuelle de ce Conseil qui soit opérationnelle pour les pouvoirs publics. Nous y avons réussi, je crois, à travers de nombreux vœux, rapports ou études.
Le retour de la droite au pouvoir à partir des années 2002, après l’élection présidentielle, a signé le déclin progressif du Conseil national, malgré les efforts de Claude de faire comprendre l’intérêt pour les ministres d’avoir cette expression indépendante et collective des différents acteurs de l’IAE, les organisations syndicales de salariés et d’employeurs étant désormais représentées au Conseil national.
Le manque de prise en considération des travaux du Conseil ont mis à mal toutes les bonnes volontés manifestées. En accord avec Claude, j’ai donc quitté le secrétariat général du Conseil, après près de 14 ans passés dans l’IAE.
Claude Alphandery est resté Président d’honneur de ce Conseil finissant, avant qu’il ne soit supprimé au profit d’un autre Conseil, le Conseil national de l’inclusion pour l’emploi. Ce dernier n’aura vécu que trois ans avant d’être supprimé, faute de réunion.
Heureusement, Claude Alphandery était parti vers d’autres aventures et d’autres résistances. (Labo de l’ESS créé en 2010, États généraux de l’ESS en 2011, France active).
Là où vous êtes, Claude, vous devez vous demander pourquoi l’État ne sait pas apprécier les outils de coopération et toujours continuer ainsi à fonctionner en « tuyaux d’orgue », facilitant ainsi la montée des adeptes de la société de marché. La reconstruction, vous connaissez !
J’ai beaucoup appris à son contact : l’art de la formule, le sens de la mesure, même si, parfois, j’aurais aimé qu’il affirme davantage le Conseil face au cabinet de la ministre du travail. J’étais alors un jeune administrateur civil impatient ….
Claude a toujours essayé avec pédagogie et ténacité de faire ressortir une position consensuelle de ce Conseil qui soit opérationnelle pour les pouvoirs publics. Nous y avons réussi, je crois, à travers de nombreux vœux, rapports ou études.