Jean-Pierre Caillon
J'ai eu un long parcours à des postes de responsabilité dans l'insertion par l'activité économique et les PTCE;
C’est d’abord au nom d’Accès Réagis où j’ai été à la direction et codirection de 1991 à 2024. Cette entreprise sociale apprenante est un membre actif du PTCE NOLA (pôle territoriale Nord Ouest Loire-Atlantique) et sociétaire de la coopérative IDEAL. Cet écosystème emploie en rural en 2025, 120 ETP, accueille et forme dans le cadre de l’IAE plus 400 salarié-e-s et participe à consolider 500 ETP.
C’est à ce titre que j’ai été président de Chantier-école national de 2004 à 2012 et je suis toujours présent au conseil d’administration en charge de la démarche d’engagement sociétal.
J’ai eu l’occasion de rencontrer brièvement Claude la première fois à Avignon aux rencontres des réseaux de l’IAE en 1991, puis.
En 2002, en Pays de la Loire, je participe activement à la création de l’association régionale Chantier-école Pays de la Loire et en deviens le Président. A ce titre, je siège au Conseil d’administration national. En 2004, je suis élu avec une jeune équipe de dirigeantes et dirigeants à Chantier-Ecole national.
Avant moi, Denis Maier, avec l’appui de Claude Alphandéry, Président du CNIAE (Conseil National d’Insertion par l’Activité par l’Economique), avait beaucoup œuvrer pour que Chantier-Ecole puisse siéger à cette instance. En 2000, c’était effectif.
C’est en 2004 que je commençais vraiment à travailler avec Claude, lors du premier CNIAE plénier auquel je participais, sous l’égide de Jean-Louis Borloo, Ministre de tutelle.
A partir de cette date, nous n’avons jamais cesser d’échanger.
j’ai en mémoire un des premiers mails échangés avec Claude, à la suite d’un CNIAE chahuté. Je m’étonnais en effet que nous n’arrivions pas à trouver des accords communs entre les réseaux de l’IAE en particulier FNARS, CNGEIQ, CNEI, COORACE et Chantier-Ecole, pour avancer vite vers ce qui nous défendions toutes et tous : l’insertion par l’activité économique, pour faciliter l’accès à l’emploi du plus grand nombre. Et dans cette lettre, je m’appuyais sur son récit de la résistance et cette union de toutes et tous pour, entre autres, penser l’après-guerre.Et Claude de me répondre que le contexte de guerre, de survie avait permis cette conscientisation et action pour construire du commun, dans le social en particulier.
La place de Claude dans l'unification des réseaux de l'IAE
Jusqu’en 2012, nous avons ainsi œuvrer avec les collègues des réseaux et Claude, en leader charismatique. Il avait cette capacité de synthèse essentielle pour nous accompagner pour défendre et construire des dynamiques de coopération entre les réseaux. J’ai en mémoire cette dernière rencontre sous l’égide de Claude dans une boutique de commerce équitable du groupe SOS. Nous devions sceller un accord durable dans le secteur de l’IAE à la veille des élections présidentielles et en l’espace de quelques instants, un ou deux réseaux mis le travail en échec. Cette occasion ne s’est jamais produite depuis, malgré un contexte de dialogue avec l’état de plus en plus dur, en particulier depuis 2017, avec la suppression du CNIAE.Chantier Ecole, un réseau dynamique
Chantier-Ecole se décline sur le territoire en association régionale, réseau très actif dans l’IAE. C’est le principal réseau des ateliers et chantiers d’insertion. Depuis, 2014, c’est le réseau des entreprises sociales apprenantes. En 2006, Chantier Ecole national a initié et accompagné la création du Synesi - Syndicat national des employeurs spécifique de l’insertion- syndicat très actif qui a donné naissance à la suite de sa création, à la branche des ACI et sa convention collective.En 2008, Chantier-école national conduisait sa première et sa seule manifestation à Paris devant la DGEFP, nous étions plus de 500. Claude avait accepté de prendre la parole avec plaisir, lors de ce mouvement de contestation historique, pour les ateliers et chantiers d’insertion.
EN 2011, Chantier-Ecole national est partie prenante de la Chaire Développement Humain Durable et Territoires initié et piloté par Helene Combe sous l’égide de Stéphane Hessel. Chantier-école engageait avec la Chaire un travail de refondation de sa charte et un travail de recherches avec l’Université de Rennes 2. Un doctorat était alors initié, que j’ai pu accompagner, portant en particulier sur la caractérisation de l’entreprise sociétale apprenante.
Claude a suivi de près toute cette évolution en participant et intervenant en particulier aux rencontres nationales de Chantier Ecole qui rassemblait jusqu’à 800 acteurs. Les rencontres de St-Denis, Poitiers, Nantes, Toulon, Nancy… Les dernières rencontres où Claude est intervenu se tenaient au théâtre du gymnase Marie Bell en juin 2023.
L'impulsion des PTCE
Mais, avec Claude, nous avions, depuis les Etats généraux de l’économie sociale et solidaire (ESS), un autre cheval de bataille que nous partagions avec vivacité : les pôles territoriaux de coopération économique.Habitant entre Nantes et Saint-Nazaire, nous échangions assez régulièrement par mail, et de temps à autre, nous partagions un repas sur Paris ou un petit déjeuner, Quai Voltaire.
Claude a toujours eu de l’attention sur ce que nous réalisions localement et il a été une source d’inspiration. Son soutien m’a apporté une légitimité et m’a appris à naviguer dans les méandres des couloirs de la capitale.
La coopération créé des espaces de dialogue sur les territoires, économiques, sociaux et environnementaux. La loi de 2014 a permis d’outiller ces dynamiques de coopération entre autres sous la forme de PTCE.
Ces espaces de dialogue, dynamiques de recherche développement, de création d’emploi, de création de richesse locale, sont aussi des lieux de conscientisation qui permettent d’être résilient, résistant. En 2014, la loi a permis de mettre en lumière ces initiatives, ces actions qui entreprennent en dehors des logiques de marché. C’est par des volontés politiques locale des acteurs convergentes que ces pôles existent et vivent.
C’est pourquoi, en 2025, nous avons à plusieurs PTCE, initié le mouvement des PTCE. Cette initiative participe à son niveau à lutter contre montée du populisme. C’est une forme de décentralisation, de déconcentration du pouvoir d’agir entre acteur de l’ESS et au-delà dans le champ économique social, environnemental.
Le mouvement a fait le choix de ne pas être un réseau et d’agir avant tout sur le champ politique pour promouvoir les dynamiques de coopération sur les territoires. Claude nous a initié, accompagné, coaché à ses modalités d’action dans notre réalité du quotidien. Il a su nous convaincre de la légitimité que nous avions à prendre la parole et à agir dans les territoires pour plus d’équité en faisant le choix de la coopération en lieu et place de la concentration.
C’est ce que nous faisons humblement.